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COMPTE-RENDU COMPLET DE LA CONFÉRENCE:
UNE GÉNÉRATION EXCESSIVE
Contenu
1) Résumé analytique
2) Séance de bienvenue et discours principaux
3) Session I: Les habitudes alimentaires et la santé
- la voie de l'avenir
4) Session II: Étiquetage nutritionnel
5) Session III: Le marketing alimentaire et la publicité
visant les enfants
6) Session IV: L'enrichissement alimentaire
7) Session V: Allégations nutritionnelles et de santé
8) Remarques de clôture
9) Liste des participants
Résumé Analytique
L'importante croissance de l'obésité dans le monde développé et
en développement était le thème principal de cette journée de conférence
intitulée " Generation Excess " (une génération excessive). Les
taux d'obésité ou de surpoids en Europe s'échelonnent, selon les
pays, entre 30% et plus de 75% de la population et seraient particulièrement
élevés chez les enfants.
De nombreux orateurs insistèrent sur l'importance de la stratégie
mondiale de l'Organisation mondiale de la santé pour l'alimentation,
l'exercice physique et la santé. Les groupes de consommateurs furent
encouragés à communiquer leurs points de vue à leurs gouvernements
respectifs et à prendre une part active dans la mise en œuvre de
cette stratégie au niveau national.
Les délégués prirent connaissance d'un éventail d'initiatives destinées
à améliorer l'information affectant les choix alimentaires des consommateurs
et à les protéger contre les informations trompeuses. Des intervenants
de la Commission européenne expliquèrent les projets visant à l'introduction
de nouvelles règles sur l'étiquetage, et d'une législation couvrant
les allégations santé et nutrition et l'enrichissement des aliments.
Si ces initiatives reçurent le soutien général des groupes de consommateurs,
elles ne répondirent aux attentes de ceux qui escomptaient des protections
supplémentaires.
En abordant le problème de l'obésité, plusieurs intervenants firent
ressortir l'importance d'une approche multidisciplinaire conjuguant
l'éducation du consommateur, l'amélioration de l'information et
l'étiquetage, ainsi que des mesures agissant sur la diversité des
secteurs publics. Les experts médicaux soulignèrent l'urgence d'une
approche préventive au regard des maladies liées aux habitudes alimentaires,
surtout pour rentabiliser les dépenses afférentes.
Le rôle de la publicité alimentaire ciblant les enfants fut vivement
débattu. Les délégués appelèrent à la mise en place d'une réglementation
plus efficace et se montrèrent généralement sceptiques sur les intentions
de l'industrie publicitaire, notamment envers la plus grande coopération
entre les groupes de consommateurs et l'industrie prônée par un
représentant de l'industrie. On appela les gouvernements à multiplier
leurs interventions pour influencer la réglementation de la publicité
et des politiques de promotion ou de fixation des prix des produits
alimentaires. Plusieurs orateurs appelèrent à faciliter le choix
d'une alimentation saine en faisant le lien entre la pauvreté et
l'obésité.
Séance de bienvenue et discours principaux
La conférence fut ouverte par Jim Murray, Bureau
européen des unions de consommateurs, et Felix Cohen,
Directeur général, Consumentenbond,
qui soulignèrent l’urgence de faire le point sur les
habitudes alimentaires et l’activité physique et de
tenir compte de tous les facteurs à l’origine de l’obésité.
Faisant écho à ces commentaires, Paola Testori,
Directrice de la Direction, Sécurité alimentaire - chaîne de production
et de distribution à la DG
Santé et protection des consommateurs, appela à une approche
multidisciplinaire à plusieurs niveaux. Celle-ci couvrirait une
large gamme d'initiatives, toutes applicables à travers l'ensemble
des secteurs publics et comprenant les suivantes : les politiques
en matière de nutrition et d'alimentation, l'éducation, la communication,
les mesures de sensibilisation permettant aux consommateurs de mieux
choisir leur alimentation, la promotion de l'exercice physique.
La Commission européenne (CE) espérait que l'assemblée de l'OMS
adopterait une recommandation visant à l'amélioration globale des
habitudes alimentaires et de la santé. Les dernières deux décennies
avaient connu une augmentation importante des calories apportées
par l'alimentation, notamment par les matières grasses et le sucre,
alors que la consommation de fruits et de légumes avait diminuée.
L'alimentation , expliqua le porte-parole de la Commission, était
le facteur déterminant dans le développement des maladies cardiovasculaires
; dans les pays de l'UE, entre 10 et 20% de la population étaient
atteints d'obésité, jusqu'à 40% dans certains pays. Depuis 1974,
les taux d'obésité enfantine en France avaient grimpé de 3% à 20%
et de 8% à 22% au Royaume Uni.
Si la législation alimentaire en elle-même ne changerait rien aux
modes de vie, elle promettait d'amener les consommateurs à repenser
leurs habitudes alimentaires. Une proposition récemment soumise
par la CE prévoyait de réglementer les allégations nutritionnelles
et de santé portant sur les denrées alimentaires, et ainsi d'influencer
et de changer le marketing de ces produits tout en garantissant
aux consommateurs de disposer d'informations fiables.
Seules seraient autorisées, après avoir fait l'objet d'une évaluation
scientifique concluante, les allégations portant sur des denrées
alimentaires ayant un profil nutritionnel " souhaitable ". Actuellement
ces denrées étaient promues par la CE auprès des consommateurs alors
que les substances nutritives liées aux problèmes de santé, telles
que les graisses saturées et les acides gras , étaient ciblées.
Il était souhaitable que cette approche des profils nutritionnels
soit retenue par la législation car il s'agissait d'un enjeux important
pour les consommateurs.
Shaun Donnelly, Sous secrétaire adjoint principal Bureau
de l'économie et des affaires, Département
d'État, affirma que jamais auparavant, le gouvernement américain
n'avait tant dépensé sur le problème de l'obésité. Quelques chiffres
éloquents: un million de nouveaux cas de diabète recensés aux États-Unis
dont les coûts s'élevaient à cent milliards de dollars ; 61% d'adultes
obèses ou en surpoids, représentant une dépense de 120 milliards
de dollars. Alors qu'un seul état américain accusait des taux d'obésité
au-dessus de 14% en 1991, aujourd'hui des taux au-dessus de 15%
étaient affichés dans la quasi totalité du territoire américain
à l'exception du Colorado. En décembre 2001, le chef des services
de santé avait publié son rapport sur le problème et le gouvernement
américain s'était entretenu avec des représentants de l'industrie
alimentaire sur les moyens de réduire les matières grasses et de
proposer aux consommateurs une alimentation plus saine. Deux chaînes
de restauration rapide avaient déjà pris cette initiative. Les États-Unis
avaient consacré des sommes sans précédent à la recherche dans ce
domaine, et le président Bush s'était engagé personnellement envers
cette cause.
Toutefois, continua M. Donnelly, si le gouvernement avait un rôle
à jouer de par son autorité morale et réglementaire, ce n'était
pas à lui de dicter les choix alimentaires des consommateurs. Il
revenait à tout un chacun d'assumer la responsabilité de sa propre
vie, et seule cette responsabilisation à titre individuel était
susceptible d'amener un changement. Il fallait trouver des moyens
de renforcer la volonté de chacun de vivre une vie plus saine.
Session I: Les habitudes alimentaires et la santé
- la voie de l'avenir
Pekka Puska, Directrice générale de l'institut
national finlandais pour la santé souligna que la conférence
discutait d'une question de santé publique " de grande importance,
ici et dans le monde entier ". Selon les récentes recherches, six
sur sept des principaux facteurs responsables des morts prématurées
découleraient de nos habitudes alimentaires et physiques, c'est-à-dire
de l'alimentation, les boissons et l'exercice. Les changements rapides
de modes alimentaires, le déclin de l'activité physique, le tabagisme
et l'urbanisation galopante auraient tous eu un effet. Cependant,
les recherches médicales attestaient de l'efficacité d'une approche
préventive, seul moyen abordable compte tenu du prix des soins hospitaliers
et de l'important pourcentage de victimes d'urgences cardiaques
qui mouraient avant d'arriver à l'hôpital.
Il suffisait pourtant de légers changements dans les comportements
alimentaires et l'activité physique pour éviter 80% des maladies
cardiaques et 90% du diabète de type 2. En Finlande par exemple,
il y'avait 30 ans, le mauvais régime alimentaire était responsable
des taux de maladie cardiovasculaire les plus élevés au monde alors
qu'aujourd'hui, suite à une campagne fortement soutenues par le
gouvernement, les médias et l'industrie, ces taux avaient baissé
de 82%. Le rapport de l'OMS publié en 2002, démontrait qu'il serait
possible de réaliser d'importants gains en matière de santé au prix
d'interventions peu coûteuses. Même si généralement on acceptait
que mieux valait prévenir que guérir, il n'était pas toujours facile
de trouver les finances nécessaires, si modestes soient-elles. Les
mesures préventives ne comptant que pour une fraction des budgets
de santé publique, il faudrait donc faire appel aux caisses nationales
d'assurance maladies et de sécurité sociale, dont les budgets servaient
à rembourser les prestations médicales mais non pas à entretenir
la santé.
Dr Puska mit en relief le rôle des soutiens politiques et
applaudit à l’engagement de l’UE envers la stratégie
mondiale de l’Organisation mondiale de la santé pour
l’alimentation, l’exercice physique et la santé.
Rédigée à partir de larges consultations et
appuyée de preuves avérées, cette stratégie
représentait une « carte routière » («
roadmap ») pour les gouvernements et les autres parties prenantes.
Sa mise en œuvre pourrait conduire à l’amélioration
la plus importante et la plus durable des services de santé
publique jamais vues auparavant.
Julia Unwin, Présidente adjointe de la UK Food Standards Agency commenta
ainsi le problème de l’obésité: «
Personne n’est à blâmer mais nous sommes tous
responsables. Une approche réussie dépendrait de la
participation non seulement du ministère de la santé,
mais de plusieurs départements publics et aussi, de l’industrie
alimentaire. Le recours aux leviers gouvernementaux traditionnels
(information, propagande, l’achat public, la législation,
etc) est toujours possible mais encore faut-il identifier les leviers
les plus performants. Au Royaume-Uni par exemple, où le secteur
public verse 1,8 milliards de livres sterling à l’industrie
alimentaire tous les ans, le gouvernement ne devrait pas hésiter
à se montrer comme ‘un consommateur très bruyant
avec beaucoup d’influence.‘ La restauration publique
représente 7% d’un marché qui, tout en étant
considéré difficilement influençable, n’est
dominé que par un tout petit nombre d’entreprises.
En prenant comme exemple le sel, une consommation sodée
excessive est clairement corrélée, rien qu’en
Angleterre, avec 35,000 morts prématurées tous les
ans. L’alimentation étant une affaire mondiale, le
fait que l’AESA (Autorité européenne de sécurité
des aliments) se soit engagée à une stratégie
commune visant le sel représente une démarche positive.
Les consommateurs ne peuvent rien faire sans la participation de
l’industrie agroalimentaire, puisque 75% du sel consommé
quotidiennement provient du pain préemballé. Des données
sur les teneurs en sel des repas préemballés, du pain,
des saucisses et des pizzas seront publiées par la UK Food
Standards Agency, qui mène une campagne publique visant à
informer les consommateurs sur leurs choix. Si la plupart des gens
savent qu’ils font une consommation excessive de sel, ils
ne savent ni combien ni comment ils en consomment. Cependant, la
plupart des hypertendus régleraient leur problème
au bout de quelques semaines en réduisant leur consommation
sodée.
S’agissant des enfants et de la publicité, les enfants
sont soumis à un véritable bombardement de messages
publicitaires, provenant de spots télévisés,
de célébrités et d’amis. Selon une enquête
réalisée récemment par l’université
de Strathclyde, les promotions auraient une incidence à la
fois sur les choix alimentaires faits par les enfants, et sur la
taille du marché. Nous appuyant sur ces recherches, c’est
le moment de passer à l’action, d’autant qu’on
remarque un certain fléchissement dans l’attitude de
l’industrie alimentaire, bien obligée de réagir.
Richard Daynard, Professeur de droit, Northeastern University,
Boston, (phaionline.org) fit remarquer qu’il
y avait certaines limites à respecter en essayant de changer
les habitudes des consommateurs. « Si la régulation
du comportement chez le consommateur n’est pas souhaitable,
il en va différemment pour les entreprises. Cependant, aux
États-Unis où les entreprises sont dérégulées,
le processus de litige reste le principal levier utilisé
pour attirer l’attention de l’industrie. Les américains
commencent à penser qu’il en ira de même pour
l’industrie alimentaire que pour celle du tabac. Tout ce bruit
autour des litiges représente un formidable moyen de communication,
permettant de révéler l’existence d’une
épidémie d’obésité autrefois inconnue
du public, ceci malgré le rapport du chef des services de
santé.
Les procès contre McDonalds, après avoir fait beaucoup
de tapage, furent difficiles à prouver et peu prometteurs
à court terme. Le Public Health Advocacy Institute passe
en revue différentes formes de litiges destinés à
l’arbitrage dans ce contexte. Il s’agit essentiellement
d’établir si une entreprise se serait mal comportée,
soit de façon à augmenter le nombre de personnes obèses,
soit en négligeant de faire quelque chose pour réduire
le nombre de ces personnes. » Prenant comme exemple les distributeurs
dans les écoles, le professeur mit en question le marketing
auprès des adolescents de confiseries et de sodas, notamment
du Coca Cola et autres boissons contenant de la caféine mais
d’une faible valeur nutritive quoique hautement caloriques
et susceptibles de créer une certaine dépendance.
Ce genre de marketing, expliqua-il, était passible de poursuites
en vertu des lois en vigueur contre les pratiques déloyales
ou trompeuses. Il fallait également s’interroger sur
la pratique du marketing télévisé, tous les
samedis matins, de produits hautement caloriques et obésogènes
. « Si de telles pratiques sont de plus en plus prisées
par les annonceurs c’est justement parce qu’elles marchent.
Vendre un produit comme « à teneur réduite en
matière grasse », alors que toute réduction
de l’apport calorique est largement compensée par le
sucre ajouté, est une pratique trompeuse. Idem la vente de
céréales, « vitaminées » contenant
50% de sucre. Ce genre de litige fera partie de la prochaine vague.
».
Philip James, Président du groupe de travail international
sur l'obésité et membre du comité du FAO/OMS, se référant au
rapport de l'OMS publié en 2000, expliqua que le problème de l'obésité
s'était précisé depuis quatre ans, devenant un fléau de proportions
mondiales, sans précédent dans l'histoire des épidémies. Durant
les 50 dernières années, l'humanité avait du faire face à un problème
de surpoids jamais connu auparavant. Dans certains pays, 75% de
la population avait une surcharge pondérale, il n'était donc plus
question de cas particuliers. Selon l'OMS, en 1997, 2 à 3 milliards
de personnes étaient en surpoids ou obèses, pour des raisons qui
tenaient surtout à des facteurs culturels et environnementaux. Pourtant,
compte tenu du faible soutien escompté de la part des Ministères
de santé, il fallait faire appel aux autres départements ministériels
et voir comment les influencer. Il fallait garantir aux responsables
politiques, préoccupés par l'analyse des coûts et rendements, que
l'obésité était évitable. Il fallait surtout, leur fournir des preuves
de l'efficacité de telle ou telle approche. Aussi l'IOTF s'était-il
attaché à rassembler toute la documentation disponible sur les mesures
ayant fait leurs preuves dans la lutte contre l'obésité. Le diabète
par exemple, était un mal évitable à condition de suivre certains
conseils diététiques comme de perdre du poids et suivre un régime
pauvre en sucre et matière grasse mais riche en fruits et légumes.
Pour faire face à l'obésité, il fallait s'attaquer aux habitudes
alimentaires et sédentaires. La moitié de la population de l'Europe
avait une surcharge pondérale, allant de 10kg à 20 kg chez les personnes
obèses qui en plus de perdre cet excès, devait également réduire
leur apport calorique journalier d'environ 600 calories. A Singapour,
le programme " Trim and Fit " avait réduit les taux d'obésité de
16% à 10%. Cependant, pour être efficaces, de telles campagnes demandaient
un soutien politique de haut niveau -à Singapour en effet, le Premier
ministre lui-même s'était montré à la télévision en faisant de l'exercice.
En résumé, il fallait une approche d’ensemble
pour atteindre une cible multiple. L’enjeu était important
et le gouvernement devait faire face à ses multiples responsabilités
dans des domaines tels que la publicité, l’étiquetage
alimentaire, les politiques fiscales et de recherche et les normes
alimentaires.
Amalia Waxman, Directrice de projet, Stratégie mondiale
de l'OMS pour la santé insista
sur l'importance de la participation active des groupes de consommateurs.
Suite aux appels de ses États membres à une approche holistique
fondée sur les preuves scientifiques les plus solides (" best evidence
" ), l'OMS avait développé sa stratégie mondiale pour l'alimentation,
l'exercice physique et la santé au travers de larges consultations
avec les parties prenantes, une approche qu'elle souhaitait retenir
lors de la mise en œuvre de la stratégie. En plus des 80 États membres
consultés, on avait également sondé les opinions de représentants
de la société civile, du secteur privé et des organismes de l'UN.
En rédigeant la stratégie, davantage de poids avait été accordé
aux recommandations des États membres. En janvier, un premier jet
avait été soumis à la délibération du Conseil exécutif à Genève
qui avait accepté de rendre ses commentaires dans un délai d'environ
cinq semaines (la version finale étant prévue pour le milieu du
mois de mars). Les États membres avaient exprimé le souhait de voir
la stratégie approuvée par l'Assemblée mondiale de la santé (approbation
prévue pour le mois de mai).
Plusieurs questions controversées ressortirent de cette première
étude du texte. Certains membres du Conseil exécutif critiquèrent
l'OMS pour avoir travaillé sur une base scientifique imparfaite.
D'autres s'inquiétèrent de l'influence du marketing auprès des enfants
alors que d'autres contestèrent l'utilité d'intervenir en se demandant
si l'OMS avait joué un rôle trop interprétatif.
S'agissant de la responsabilité personnelle, certaines délégations
du Conseil exécutif commentèrent que la Stratégie globale était
trop centrée sur l'environnement, d'autres qu'il fallait empêcher
toute coercition gouvernementale.
L'OMS s'attendait à recevoir les commentaires des États membres.
Le rôle des groupes de consommateurs dans ce processus était de
continuer à influencer la demande, le plus grand défi étant de la
changer. Il fallait continuer à informer le public et à mobiliser
les groupes de consommateurs en vue d'améliorer l'étiquetage alimentaire
et les allégations santé, d'autant que les activités de ces groupes
pouvaient influencer à la fois les gouvernements, les consommateurs
et le secteur privé.
Les discours suscitèrent un débat animé avec de nombreux commentaires.
Sur la responsabilité individuelle
- Dr Puska - Tant qu'il est question de responsabilité
individuelle, celle-ci dépend de la liberté de chacun de faire
des choix plus sains. Aussi faut-il s'interroger sur le niveau
de responsabilité des enfants. C'est aux adultes et aux enseignants
de s'engager dans la voie de la santé.
- Bruce Silverglade, Centre
pour la science dans l'intérêt public - Les groupes de consommateurs
et les associations de santé s'opposent à la notion de la responsabilité
individuelle qui au pire, fournit une excuse aux gouvernements
pour ne rien faire - ce qui arrange parfaitement l'industrie alimentaire.
Sur l'action gouvernementale
- Professor James – La politique des prix peut contribuer
à changer les comportements, par exemple la politique agricole
commune de l’UE concernant le beurre et la margarine. En
Europe comme aux Etats-Unis on a vu des politiques gouvernementales
qui encourageaient une mauvaise alimentation riche en matière
grasse saturée, sucre, etc.
- Shaun Donnelly - En fin de compte, si les gouvernements
disposent des ultimes moyens d’action dans ce contexte,
telle la taxation, ces moyens sont perçus comme des mesures
de dernier recours aux Etats-Unis où les gens montrent
une nette aversion pour la régulation gouvernementale.
Il faudrait des évidences scientifiques irréfutables
et un consensus clair pour amener les Etats-Unis à discuter
d’une approche plus draconienne envisageant la prise de
mesures législatives, surtout la taxation.
Un des délégués demanda s’il existait
des études sur sur le lien entre l'obésité et le revenu
ou l'activité professionnelle.
- Professor James - En sortant d’une époque
de pénurie, les gens les plus aisés ont tendance
à prendre du poids) – comme le démontre la
génération de l’après-guerre en Allemagne.
Alors que de nos jours, dans la plupart des sociétés,
on assiste à un revirement lié à la plus
grande disponibilité d’aliments sans intérêt
nutritif. L’obésité est devenue une maladie
de la pauvreté.
- Rhoda Karpatkin, Présidente honoraire de US
Consumers' Union - Ce lien entre l'obésité et la pauvreté
est particulièrement inquiétant aux Etats-Unis où plus de 40 millions
des ressortissants ne bénéficient d'aucune couverture médicale.
Plus vulnérables et sans aucun accès aux soins de santé, ils sont
aussi peu susceptibles d'être réceptifs aux diverses formes d'informations
étiquetées.
Plusieurs délégués firent remarquer que l'industrie
était favorable à l'introduction de produits plus sains, mais anxieuse
de conserver sa part de marché.
- Olivier Andrault, Centre
Consommation, Logement et Cadre de Vie - Il est important
de faire comprendre que l’industrie alimentaire européenne
ne constitue pas un bloc et qu’il existe diverses approches
de la production alimentaire.
- Certains délégués expliquèrent que
le fait de réduire les teneurs en sucre risquait de rendre
les produits moins attrayants, d’où la nécessité
d’une intervention gouvernementale visant à alléger
les produits en sucre ou en matière grasse.
- Amalia Waxman - L’exemple a d’ores et déjà
été donné par certaines des grandes entreprises
américaines et sera peut-être suivi par d’autres
membres de l’industrie.
- Professor James - Assez rudimentaires par rapport à
d’autres domaines industriels, les secteurs alimentaires
en Europe et aux Etats-Unis ne consacrent qu’une proportion
relativement petite de leurs chiffres d’affaires à
la R&D, principalement pour développer des allégés
en sel ou en sucre. Il faut stimuler l’innovation au sein
de ces entreprises.
Session II: Étiquetage nutritionnel
Michelle Limoli, U.S. Food
and Drug Administration, expliqua le système américain
d’étiquetage nutritionnel émanant de la loi
de 1990 sur l’étiquetage nutritionnel et l’éducation
: « Fondé sur la recherche et l’enquête
scientifiques, le système est soutenu par plusieurs groupes
d’étude sur les formes d’étiquetage les
plus accessibles aux consommateurs. L’étiquetage obligatoire
correspond aux recommandations faites dans le cadre de la santé
publique et doit être perçu comme un outil plutôt
que la seule réponse possible – d’autant qu’il
faut continuer à éduquer les consommateurs.
Un des éléments essentiels du système est
la portion de référence. L’étiquette
liste les contenus en calories et en matière grasse, et les
aliments nutritifs à consommer avec modération. Les
teneurs en matière grasse, sucre et protéines sont
présentées sous forme de pourcentages basés
sur une ration calorique quotidienne de 2000 calories. L’étiquette
permet de vérifier rapidement les valeurs quotidiennes provenant
de tel ou tel aliment, 5% étant une valeur basse, 20% ou
plus une valeur élevée. L’objectif est de signaler
les meilleures options disponibles et de permettre aux consommateurs
de comparer les allégations santé et d’équilibrer
l’apport énergétique. Des adaptations seront
nécessaires pour tenir compte des paramètres changeants
; aujourd’hui par exemple, parce que les parts moyennes sont
plus grandes qu’elles ne l’étaient autrefois,
il faudrait peut-être modifier les portions de référence.
Il faut également continuer à étudier l’utilité
perçue des étiquettes et l’utilisation qui en
est faite par les consommateurs.
Basil Mathioudakis, DG
Santé et Protection du Consommateur, exposa les propositions
de révision des lois européennes sur l’étiquetage
alimentaire: « L’étiquetage nutritionnel aujourd’hui
est facultatif et devient seulement obligatoire lorsqu’il
s’agit d’allégations nutritionnelles portant
sur des substances nutritives telles que les matières grasses,
les protéines, les calories et les glucides. Or, la Communauté
européenne penche pour un système d’étiquetage
obligatoire, une approche qui serait sans doute préférable
pour la majorité des États-membres à condition
que les informations signalées soient succinctes et pertinentes.
Quoique l’industrie européenne (y compris les petites
entreprises) ne soit pas systématiquement opposée
à une telle solution, elle s’inquiète d’avoir
à en supporter les conséquences.
S’agissant des substances nutritives qui devront figurer
sur l’étiquette, la Communauté européenne
sélectionna six éléments qui correspondent
aux recommandations faites par l’OMS sur les maladies non
transmissibles : l’apport calorifique, les matières
grasses, les graisses saturées, les glucides, le sel et le
sodium. Malgré les appels pour un étiquetage plus
exhaustif, la CE estime que la fourniture d’informations portant
sur l’apport en protéine ou en fibres devrait être
facultative. Il faudrait prévoir des dérogations pour
les petites entreprises et des produits tels que le thé,
le café ou les épices. La proposition devrait être
présentée avant la fin du mandat de la Commission
actuelle, et probablement avant la fin de cet été.
Ensuite, elle serait soumise à l’approbation du Conseil
des ministres et du Parlement européen. »
Bengt Ingerstam, Forum suédois des consommateurs,
Konsument-Forum, décrivit
le système de marquage mis en place par l’administration
nationale suédoise de l’alimentation. « Depuis
1989 les produits allégés en graisses (et d'autres
riches en fibres) sont marqués d'un symbole facilement identifiable
(un trou de serrure blanc sur un fond vert ou noir). Il indique
les produits de premier choix parmi divers groupes de produits alimentaires
–tels ceux contenant jusqu’à 41% de matière
grasse, comme la margarine Becel (à base d’un mélange
‘sain’ de matières grasses). En attendant la
révision du système prévue au cours de 2004
(on discute de l’inclusion éventuelle du sucre et du
sel), les produits portant ce symbole sont le lait, le yaourt, le
pain, les biscuits, la farine, les céréales consommées
au petit-déjeuner, les pâtes à tartiner, la
viande et les viandes fumées. »
Bruce Silverglade - L’étiquetage nutritionnel
fait partie d’une approche exhaustive visant à combattre
l’obésité et les problèmes liés
aux régimes alimentaires. Cependant, l’étiquetage
ne peut rien contre certains facteurs connus pour jouer un rôle
dans l’obésité, telles la publicité alimentaire
et les subventions agricoles.
Session III: Le marketing alimentaire et la publicité
visant les enfants
Sue Dibb, UK National Consumers’
Council, présenta la ‘Hastings Review’, une
étude menée sous l’égide de la UK Food
Standards Agency pour examiner les effets de la publicité
sur les enfants: « Selon cette étude, 95% de la publicité
télévisée concernerait des produits alimentaires
sans intérêt nutritionnel, tels que les bonbons, les
boissons sucrées gazeuses, les confiseries, les ‘snacks’
salés et les fast-foods. L’étude démontra
de façon convaincante toute l’influence exercée
sur les enfants par la publicité alimentaire, qu’il
s’agisse de leurs préférences, comportement
d’achat ou consommation, et ce, en ce qui concerne les marques
ou les catégories de produits. D’ailleurs, ces résultats
risquent de sous-estimer l’impact réel de la promotion
alimentaire car l’étude porta principalement sur la
publicité télévisée, ne considérant
que les effets directs, pas les effets indirects (parents, pairs).
» Pour l’intégralité des résultats,
visiter le site food.gov.uk.
Stephan Loerke, World Federation
of Advertisers, expliqua que l’industrie publicitaire
cherchait à savoir comme elle pourrait faire partie de la
solution:
« La mission de la FMA est de ‘défendre la publicité
libre mais responsable’. Pleinement consciente de la gravité
des risques présentés par l’obésité,
l’industrie publicitaire ne partage pas forcément l’avis
des groupes des consommateurs sur les solutions à adopter,
notamment sur le rôle de la publicité. C’est
l’occasion d’entamer un dialogue pour voir s’il
y aurait un terrain d’entente. La FMA se réjouit de
la stratégie de l’OMS appelant les divers protagonistes
à conjuguer leurs efforts. De nombreux facteurs sont en cause
dans l’obésité et rejeter tout le blâme
sur la publicité serait ignorer la complexité du sujet.
Si la publicité alimentaire joue un rôle dans le comportement
alimentaire, il n’y a pas de lien direct entre la publicité
et l’obésité. »
Evoquant l’appel du TACD pour une révision des principes
directeurs concernant le marketing, et notamment les restrictions
sur les produits alimentaires hautement caloriques et énergétiques,
M. Loerks fit remarquer les efforts faits par certaines entreprises
pour montrer le chemin. Coca-Cola avait supprimé toutes ses
marques sur ses distributeurs automatiques au Royaume-Uni et réexaminait
le choix des produits vendus par automate. Nestlé avait publié
des principes de communication, McDonalds avait ajouté des
salades et des fruits à ses menus et Kraft avait annoncé
la fin du marketing à l’école.
« Persuadée que l’auto régulation efficace
doit reposer sur un cadre juridique, la FMA s’est attachée
à sensibiliser les opinions et renforcer les codes d’auto
régulation, tout en prônant une approche « bâton
et carotte ». Cependant, conscient que tous les systèmes
d’autorégulation publicitaire ne respectent pas les
mêmes exigences, la FMA s’attache à renforcer
leur efficacité et à les mettre en place dans les
pays d’accession. Nous insistons également sur l’importance
des campagnes « d’alphabétisme » médiatique,
tel le programme « Media Start « . Lancé au Royaume-Uni,
ce programme est basé sur un système qui a fait ses
preuves au Canada où 98% des enseignants se sont dits prêts
à le réutiliser. Il est prévu de lancer des
projets semblables dans d’autres pays européens. En
même temps, il faudrait davantage de campagnes publicitaires
grand public, comme la campagne de la sécurité routière.
»
Andre Allard, Avocat, Office
québécois de la protection du consommateur, décrivit
la loi québécoise, en vigueur depuis 1978, interdisant
la publicité destinée aux enfants : « A l’origine,
cette mesure législative répondait à des soucis
de protection du consommateur plutôt qu’à des
inquiétudes spécifiques par rapport à la santé
ou l’obésité. Depuis 1978 la législation
sur la protection du consommateur était à l’étude
par la Federal Trade Commission (FTC) aux Etats-Unis qui conclut
que les jeunes enfants entre 7 et 12 ans étaient plus sensibles
que les adultes à l’emprise de la publicité.
Le rapport de la FTC, publié en 1981, préconisait
l’interdiction de toute publicité destinée aux
jeunes enfants mais ne recommandait pas de donner suite à
ses constats.
Le choix des publicités concernées par l’interdiction
tint compte de trois critères essentiels : la nature du produit
et l’usage qui lui était destiné, la forme et
la présentation de la publicité, et l’heure
et le lieu de cette présentation. Bien que contestée,
la décision fut maintenue par la Cour suprême qui jugea
l’interdiction raisonnable au regard de la gravité
du problème malgré la restriction qu’elle constituait
à la liberté d’expression commerciale. L’Office
de la protection du consommateur fournit des conseils aux entreprises
sur la manière de se conformer à la législation.
»
Interrogé sur l’efficacité de l’interdiction,
M. Allard expliqua qu’aucune évaluation d’impact
n’avait été effectuée mais que le Québec
accusait un des taux d’obésité le plus bas du
Canada. On pouvait difficilement y voir la conséquence directe
de l’interdiction qui représentait une seule mesure
parmi plusieurs.
Marianne Abyhammer, Ombudsman adjoint, Bureau suédois des consommateurs, expliqua
que la Suède et la Norvège étaient les seuls
pays européens qui interdisaient toute publicité destinée
aux enfants:
« L’interdiction suédoise remonte à l’introduction
de la télévision commerciale en 1991quand on ressentit
le besoin de protéger les enfants contre les pressions commerciales.
L’interdiction concerne l’ensemble de la publicité
télévisée (et non seulement la publicité
alimentaire) destinée aux moins de 12 ans. De plus, aucune
publicité n’est permise pendant les émissions
pour enfants, ni immédiatement avant l’émission
ni tout de suite après.
L’évaluation est très compliquée et
dépend de nombreux facteurs parmi lesquels : la représentation
faite par la publicité (notamment d’un enfant, d’une
voix d’enfant ou d’un personnage de dessin animé),
l’heure de l’émission (pendant la journée
quand les enfants sont susceptibles de regarder la télévision,
ou juste avant ou après une émission familiale), et
le produit faisant l’objet de la publicité (s’agissant
d’un produit destiné aux enfants). Lors de récents
cas, les tribunaux ont mis l’accent sur les produits et les
marchés plutôt que sur la figuration. Contestée
lors du procès contre DeAgostini devant la Cour européenne
de justice, la législation suédoise a été
retenue à condition de ne pas être imposée aux
autres pays. »
L’interdiction suédoise était-elle efficace?
Bien que facile à contourner, elle avait quand même
eu un impact dissuasif sur la conception publicitaire en Suède
où, en effet, il n’y avait pas de publicité
ciblant les enfants. De plus, les chaînes satellites avaient
plus ou moins convenu de supprimer la publicité dans les
émissions pour enfants. Néanmoins, si les enfants
suédois étaient moins soumis à la pression
publicitaire, les taux d’obésité en Suède
restaient presque aussi élevés qu’ailleurs.
Ce qui montrait que la législation en matière de marketing
était une chose, et que la responsabilisation publicitaire
en était une autre.
La discussion suivante, insista sur cette question de l'autorégulation
de l'industrie publicitaire.
- Bill Jeffrey, CSPI
Canada - Les groupes de consommateurs acceptent mal l’autorégulation,
croyant que des normes réellement éthiques devraient
interdire la publicité en direction des enfants des boissons
sucrées ou des céréales comme les Fruit Loops.
- Stephan Loerke - pour l’industrie publicitaire,
l’autorégulation constitue un moyen de mettre en
œuvre les diverses dispositions législatives. Les
discussions ne portent que sur un seul aspect du débat.
Puisque l’interdiction suédoise n’a pas eu
d’impact sur les taux d’obésité, il
ne sert à rien d’étendre la législation
à d’autres pays.
- Charlie Powell, Sustain
- l'autorégulation n'est ni réaliste ni faisable. D'autant que
les codes prévus ne tiennent aucun compte des effets cumulatifs
d'une consommation riche en matières grasses, sucre ou sel. Les
groupes de consommateurs n'accepteront jamais de travailler avec
les annonceurs de façon à favoriser la publicité de tels produits
alimentaires.
Session IV: L'enrichissement alimentaire
Michelle Limoli, U.S. Food and Drug Administration,
expliqua l’approche américaine de l’enrichissement
alimentaire, défini comme l’ajout d’un aliment,
d’un composant ou d’un supplément alimentaires.
Si certains produits faisaient l’objet d’ajouts obligatoires
(comme l’enrichissement du pain et des pâtes avec de
l’acide folique), d’autres étaient enrichis à
la discrétion du fabricant suivant les lignes directrices
établies, d’autres encore, notamment les snacks, n’étaient
jamais enrichis. L’enrichissement discrétionnaire –pratique
très répandue aux Etats-Unis – répondait
principalement aux impératifs du marketing et consistait
souvent à rajouter jusqu’à 100% des apports
quotidiens recommandés (AQR). On s’interrogeait actuellement
sur les conséquences pour l’organisme humain de trop
dépasser les AQR. En 2002, suite à la demande du Food
and Drug Administration (FDA) rejointe par le Département
américain de l’agriculture, l’Académie
nationale des sciences avait publié des directives sur l’enrichissement
alimentaire. Elles prônaient la justification scientifique
de l’adjonction d’éléments nutritifs fondée
sur des besoins de santé documentés. Il fallait tenir
compte des risques associés à une consommation excessive
de certaines substances, telles le magnésium (risque de diarrhée)
ou la vitamine A (qui serait toxique pour le foie).
Basil Mathioudakis, DG Santé et Protection des Consommateurs,
Commission européenne, exposa la proposition du règlement
de la Commission portant sur l’adjonction des vitamines, minéraux
et autres substances nutritives. Présenté en novembre,
ce règlement stipulerait les conditions dans lesquelles l’enrichissement
serait autorisé, comme par exemple pour remplacer des vitamines
ou minéraux perdus lors de la transformation, ou pour produire
des aliments de substitution. Conformément aux recommandations
du Codex Alimentarius, l’adjonction serait autorisée
en cas de carence ou pour assurer un apport nutritif adéquat
lorsque les habitudes alimentaires apparaissent bien ancrées.
La proposition prévoyait certaines restrictions quant aux
aliments pouvant être enrichis de vitamines ou minéraux.
Il fallait tenir compte de l’évolution de nos connaissances
scientifiques, telles que le débat sur l’importance
pour la santé de l’acide folique. Guère prédisposée
à la controverse, la Directive de l’UE sur les suppléments
alimentaires ne semblait pas destinée à soulever une
polémique malgré le jugement rendu par un tribunal
britannique, en faveur des groupes de consommateurs scientifiques,
se référant à la jurisprudence de la Cour européenne
de la justice.
La proposition était liée à une autre portant
sur les allégations santé et nutrition. Tout dépendait
de la décision du Parlement et du Conseil européens
concernant le maintien ou non de l’article 4, vivement contesté
par certains. Les critères proposés étaient
semblables à ceux retenus par la Directive sur les suppléments
alimentaires. L’Europe devançait peut-être les
États-Unis en proposant de limiter les apports en vitamines
ou minéraux. Deux critères étaient surtout
importants : fixer des niveaux maximaux plus tolérables,
établis en fonction de données scientifiques, et préciser
les apports en éléments nutritifs provenant d’autres
sources. De plus, tous les produits alimentaires enrichis devaient
faire l’objet d’une notification auprès des autorités
compétentes.
Dónal Walshe, Secrétaire général d'EURO
COOP, expliqua le besoin d’harmoniser, au niveau communautaire,
les règles sur l’enrichissement alimentaire. L’Europe
avait connu une croissance non réglementée du marché
de ces denrées alimentaires soi-disant « plus saines
». Aussi, tout en se réjouissant des propositions de
l’UE concernant l’enrichissement alimentaire, il fit
remarquer les préoccupations d’EuroCoop pour garantir
que la mise au point des dispositions se fasse en fonction d’avantages
clairement démontrés pour les consommateurs, étayés
par des recherches clarifiant les conséquences de l’enrichissement
pour la santé publique. Il fallait reconnaître l’ambivalence
éthique qui consistait à enrichir des aliments à
hautes teneurs en matière grasse, sucre ou sel pour les proclamer
ensuite, « meilleurs pour la santé ». Si l’EuroCoop
n’était pas opposée au concept de l’enrichissement,
qui pouvait comporter de réels avantages, elle préconisait
d’en réserver l’usage aux groupes de la population
dont l’apport nutritionnel était inférieur aux
apports journaliers recommandés. Il convenait de restreindre
l’utilisation de l’enrichissement en fonction de profils
nutritionnels clairement définis par la CE et de tenir compte
des apports nutritifs à plus long terme. Les limites minimales
et maximales préconisées par l’EC pour éviter
les excès étaient certes indispensables, mais il fallait
aller plus loin encore. L’enrichissement n’était
pas nécessaire lorsque l’alimentation quotidienne était
saine et équilibrée.
S’agissant de l’étiquetage, l’EuroCoop
préconisait le droit des consommateurs d’accéder
aux informations qui leur permettaient de choisir librement. L’étiquetage
nutritionnel devait être obligatoire pour toutes les denrées
alimentaires et devait signaler les apports quotidiens recommandés,
en indiquant clairement le niveau maximal à ne pas dépasser.
Il était raisonnable aussi, de prévoir une mention
précisant que les aliments enrichis ne sauraient remplacer
les bienfaits d’une alimentation équilibrée.
Discussion
- Sue Dibb - Les mesures proposées, pouvaient-elle
empêcher les fabricants d’ajouter le mot ‘vitamines’
au nom des leurs produits ? Basil Mathioudakis répondit
qu’il n’était pas possible de toucher aux noms
des marques établies (telles Diet Coke ou Weightwatchers)
mais que dorénavant, toute demande de déposition
de marque ferait l’objet de nouvelles règles visant
à déterminer si elle était porteuse d’une
allégation nutritionnelle.
- Richard Daynard - Les autorités ne pensaient-elles
pas que c’était de l’escroquerie de vendre
comme aliments diététiques des produits dont les
teneurs en éléments nutritifs représentaient
100% de l’apport quotidien recommandé du seul fait
qu’ils avaient été enrichis ? Michelle Limili
assura que la gravité du problème avait déjà
été prise en considération par la FDA ?.
- Rasmus Kjedahl, Conseil
Danois des Consommateurs - la proposition de l’UE concernant
l’enrichissement était problématique car elle
ne faisait aucune mention des profils nutritionnels. De ce fait,
rien n’empêchait d’enrichir des aliments malsains
et de les vendre ensuite comme aliments diététiques
à des parents non avertis. En revanche, fit remarquer Paola
Testori, ces profils figuraient bien dans la proposition concernant
les allégations santé. Dès lors, l’industrie
alimentaire serait bien obligée d’adapter ses pratiques
d’enrichissement pour se conformer avec des nouvelles règles
définissant les profils nutritionnels auxquels les aliments
devront répondre avant de pouvoir porter des allégations
nutritionnelles.
Session V: Allégations nutritionnelles et de santé
J Howard Beales III, Directeur du Bureau
of Consumer Protection, U.S. Federal Trade Commission, souligna
l’importance de mieux informer les consommateurs sur l’alimentation.
Il expliqua que la publicité alimentaire relevait de la juridiction
de la Commission fédérale du commerce (FTC), alors
que l’étiquetage alimentaire relevait de celle de la
FDA.
En 1989, une enquête menée par Kelloggs’ All-Bran
avait démontré l’effet positif des allégations
santé sur la consommation des fibres et le comportement alimentaire
en général, notamment parmi les groupes de population
les plus désavantagés. La Nutrition Labelling Education
Act (NLEA), entrée en vigueur en 1990, s’était
avérée efficace pour réduire le pourcentage
d’annonces porteuses d’allégations santé.
Celles mentionnant les matières grasses ou l’huile
avaient baissé de 45% à 0% depuis la NLEA.
Face à l’insuffisance des informations sur la santé,
les consommateurs revendiquaient le droit de savoir la vérité
sur les allégations santé. Il fallait leur fournir
toutes informations pertinentes, clarifiant les limites de nos connaissances
actuelles et le fait que les allégations étaient susceptibles
de changer pour tenir compte des dernières données
scientifiques. Des taux d’obésité alarmants
avaient amené les décideurs politiques à considérer
plusieurs options visant à stimuler la concurrence entre
les fabricants. La FTC se demandait si la réglementation
gouvernementale avait contribué au déclin des informations
dans ce domaine. La FDA devait permettre davantage de flexibilité
en ce qui concerne les allégations pour des aliments «
réduits en calories » ou celles associant un apport
calorique réduit à une plus faible incidence de certaines
maladies.
Patrick Deboyser, DG
Santé et Protection du Consommateur, Commission Européenne,
fit remarquer que depuis son introduction dans le Livre Blanc sur
la sécurité alimentaire (présenté en
2001), les propositions de règlements avaient été
développées dans deux directions. D’une part,
les groupes de consommateurs et d’industriels avaient demandé
l’assouplissement de l’interdiction visant l’utilisation
des allégations présentes dans l’étiquetage
et la publicité, pour permettre les messages relatifs aux
maladies, à l’origine strictement interdits par la
législation communautaire. En même temps, du fait de
l’introduction de l’article 4, il fallait indiquer les
teneurs en matière grasse, acides gras trans, sucre ou sodium
susceptibles de constituer des critères d’exclusion.
Très controversé et introduit tardivement par la Commission,
cet article reposait sur un concept qui manquait de clarté
selon certains parlementaires européens.
Les profils nutritionnels étaient plus acceptables en principe,
malgré l’opposition de l’Allemagne et les réserves
exprimées par d’autres États membres. L’article
11 était également controversé. La Communauté
européenne préconisait d’interdire certaines
allégations même celles pouvant être justifiées.
A titre d’exemple, les messages relatifs aux produits amincissants
qui ne se référaient jamais aux conditions permettant
de maigrir. Même pour un substitut de repas – qui ne
l’était pas en réalité – il n’était
pas possible de faire des allégations concernant la manière
de maigrir. C’est pourquoi les consommateurs étaient
le plus souvent déçus pas ces produits. S’il
n’était pas prévu de retirer ces produits du
marché, aucune allégation ne serait autorisée
pour un produit excluant de telles mentions (les messages relatifs
au contrôle du poids faisaient partie d’une catégorie
à part). Des allégations concernant l’ajout
de vitamines ou minéraux seraient seulement autorisées
pour des produits en conformité avec les dispositions des
propositions en matière de santé et nutrition.
- Richard Daynard - Les autorités américaines
et européennes pensaient-elles que les consommateurs pouvaient
être induits en erreur par ces allégations? Seraient-elles
investiguées par la FTC?
- Bruce Silverglade - Y avait-il des produits alimentaires
qui étaient interdits de publicité ?
- Mr Beales - Jusqu’à présent, la FTC
s’était concentrée sur les suppléments
diététiques et sur une campagne conjointe avec la
FDA visant la mise en vigueur des dispositions.
- Mr Deboyser - S’agissant d’allégations
spécifiques, certains produits pouvaient être vendus
en tant que médicaments, telles les eaux minérales
vendues en Allemagne. Selon les propositions de la Commission
européenne, toute allégation relative à une
réduction du risque de maladies ferait l’objet d’un
dossier soumis à la vérification de l’EFSA
(Autorité européenne de sécurité des
aliments).
Remarques de clôture
Résumant la séance, Sue Davies, UK
Consumers’ Association et co-présidente du groupe de
travail du TACD sur l’alimentation, affirma que, comme l’avait
souligné Pekka Puska, l’impact des habitudes alimentaires
sur la santé avait atteint un point critique. Cependant la
situation n’était pas irrémédiable. Philip
James avait insisté sur la complexité du problème
et le besoin d’adopter une approche pluridisciplinaire sollicitant
les efforts de divers ministères et parties prenantes. L’État
comme l’industrie avait un rôle important à jouer
pour encourager les consommateurs à choisir une alimentation
saine et équilibrée. Parmi les approches mises en
évidence, toutes essentielles, se trouvaient l’étiquetage,
la réglementation des allégations santé, de
l’enrichissement alimentaire et de la publicité alimentaire
visant les enfants (qui méritaient une attention toute particulière),
et le risque de litige aux Etats-Unis. Les activités des
organisations de consommateurs étaient indispensables pour
faire avancer ces problèmes au niveau national. La conférence
avait certainement contribué à concrétiser
les positions et les stratégies dans un domaine qui dorénavant
constituerait l’une des priorités du TACD. Comme l’avait
souligné Amalia Waxman, les prochaines semaines seraient
déterminantes pour l’avenir de la stratégie
mondiale de l’OMS pour l’alimentation, l’exercice
physique et la santé. Les organisations de consommateurs
avaient un rôle central à jouer, tant pour développer
leurs campagnes de soutien à cette stratégie que pour
influencer la demande des consommateurs ou les pratiques gouvernementales
ou industrielles.
Bruce Silverglade, Centre pour la Science dans l'Intérêt Public
et co-président américain du groupe de travail du
TACD sur l’alimentation, fit les commentaires suivants:
- La lutte contre l'obésité est devenue une priorité de santé
publique. Il s'agit d'une bombe à retardement prête à exploser
et les enfants sont les plus menacés Les gouvernements doivent
agir d'urgence, sur la base des données disponibles, pour protéger
notre santé.
- L’obésité n’est pas seulement une
question de responsabilité individuelle – c’est
l’affaire de tous. Il faut revisiter l’environnement
alimentaire dans son ensemble pour tenir compte des nombreux facteurs
mis en jeu : l’omniprésence de la publicité
pour des aliments vides (junk food), l’insuffisance de l’étiquetage,
la disponibilité excessive des aliments, notamment de ceux
de piètre qualité offerts dans les distributeurs
automatiques, les programmes de restauration scolaire, le manque
de campagnes de masse pour éduquer les consommateurs. Les
tentatives de l’administration Bush pour responsabiliser
les gens au niveau personnel ont lamentablement échoué
– le taux d’obésité aux Etats-Unis est
l’un des plus élevés au monde.
- Certains aspects de notre environnement alimentaire hostile
sont les résultats directs de nos politiques gouvernementales.
Il suffit de penser aux programmes de publicité et de promotion
pour les denrées alimentaires issues des productions bovines
et porcines, ou aux pressions faites par les producteurs laitiers
américains pour obliger les écoles à inclure
le lait entier dans les menus scolaires. Les gouvernements ont
contribué à créer le problème, aussi
doivent-ils maintenant aider à le résoudre.
- L’auto réglementation est inefficace et inopérante.
C’est bien gentil à McDonald’s de nous proposer
des salades, mais, comme le fait remarquer l’Organisation
mondiale de la santé (OMS) dans la Stratégie ci-dessus,
les chaînes de restauration rapide doivent réduire
les teneurs en matière grasse, sucre et sel de l’ensemble
de leurs plats quotidiens. C’est très joli aussi
d’apprendre que Coca-Cola va enlever ses slogans des distributeurs
automatiques au Royaume-Uni – mais pourquoi ne pas en faire
autant aux Etats-Unis? La réglementation serait-elle prise
plus au sérieux de l’autre côté de l’Atlantique
que chez nous?
- Une seule mesure ne saurait suffire pour enrayer l’épidémie
d’obésité. Qu’il s’agisse d’interdire
la publicité alimentaire visant les jeunes ou de rendre
obligatoire l’étiquetage nutritionnel, ces démarches
doivent faire partie d’un programme global de santé
publique visant à endiguer les mauvaises habitudes créées
par l’environnement alimentaire dans son ensemble.
- Tout en reconnaissant les différences entre l’alimentation
et le tabac, d’après notre
expérience de la réglementation de ce dernier nous
savons que des mesures de
publique peuvent très bien réussir à faire
changer les opinions et à réduire la
consommation des produits nocifs. La stratégie mondiale
de l’OMS pour l’alimentation,
l’exercice physique et la santé pourrait nous servir
de modèle pour de telles initiatives
– c’est pourquoi nous devons lui donner notre approbation
définitive.
Liste des participants
NAME |
AFFILIATION |
| Abyhammar,
Marianne |
Agence suédoise des consommateurs |
| Alevritou-Goulielmou,
Helen |
EKPIZO |
| Allard,
André |
Office pour la protection des consommateurs québécois |
| Andrault,
Olivier |
CLCV |
| Bartolini,
Anna |
CC-UE |
| Beck,
Birgit |
VKI |
| Bonneff
Eric |
UFC-Que
Choisir |
| Carsons,
Katie |
CIAA |
| Copeland,
Emma |
Consumers’
Association |
| Crisigiovanni,
Luisa |
Altroconsumo |
| Davies,
Sue |
Consumers’ Assocation |
| Daynard,
Richard |
Northeastern
University, Boston |
| De
Jonge, Klaske |
Consumentenbond |
| Dibb,
Sue |
National Consumers
Council |
| Earnshaw,
Sarah |
ERGO Communications |
| Garrido-Herrero,
Lara |
Alliance européenne pour la santé publique |
| Gibbons,
Michelle |
GPC International |
| Gilroy,
Will |
Fédération mondiale des annonceurs |
| Gonçalves,
Conceiçåo |
Parlement européen |
| Gray,
Oliver |
EASA |
| Halloran,
Jean |
Consumers Union |
| Hanson,
Louise |
Consumers’
Association |
| Hubena,
Jarmila |
SOS,
Association tchèque des consommateurs |
| Ingerstam,
Bengt |
Konsument-Forum |
| James,
Philip |
Groupe de travail international sur l'obésité |
| Jeffrey,
Bill |
Centre pour la science dans l'intérêt public |
| Kestens,
Marleen |
European Heart
Network |
| Kettlitz,
Beate |
BEUC |
| Kjeldahl,
Rasmus |
Forbrugerradet |
| Koehne,
Anne-Lore |
VZBV |
| L’Hirondel,
Aude |
EURO
COOP |
| Lakin,
Roger |
UK Food Standards Agency |
| Lazarides,
Harris |
KEPKA |
| Loerke,
Stephan |
Fédération mondiale des annonceurs |
| Logstrup,
Susanne |
European Heart
Network |
| Luhanova,
Jana |
SOS,
Association tchèque des consommateurs |
| Martinez
Sanchez, Juliana |
CIAA |
| Meynen,
Clara |
VZBV |
| Moraut-Pestanes,
Hélène |
UFC-Que
Choisir |
| Ong,
Adeline |
Consumers International |
| O’Sullivan,
Laura |
Parlement européen |
| Papagiotas,
Thomas |
KEPKA |
| Pavlik,
Karel |
SOS, Association tchèque des consommateurs |
| Powell,
Charlie |
Sustain |
| Pritchard,
Stuart |
Parlement européen |
| Puska,
Pekka |
Institut finlandais pour la santé |
| Rigby,
Neville |
Groupe de travail international sur l'obésité |
| Sharma,
Linda |
Commission européenne |
| Silverglade,
Bruce |
Centre pour la science dans l'intérêt public |
| Smyth,
Michelle |
Consumers’
Association |
| Smyth,
Roxane |
Cabinet
Stewart |
| Stegeman,
Ingrid |
EuroHealthNet |
| Suppan,
Steve |
Institute for
Agriculture & Trade Policy |
| Sutton,
Patrick |
BEUC |
| Testori,
Paola |
Commission européenne |
| Udsen,
Camilla |
Forbrugerradet |
| Unwin,
Julia |
UK Food Standards Agency |
| Valota,
Pia |
ACU/AEC |
| Virpi,
Köykkä |
Parlement européen |
| Walshe,
Donal |
EURO
COOP |
| Waxman,
Amalia |
Organisation mondiale de la santé |
| Whitehead,
Phillip |
Parlement européen |
|