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Rapport sur la Quatrieme Reunion Annuelle du TACD à Bruxelles,
en Mai 2001
Forum de 65 organisations de consommateurs aux Etats-Unis et dans
l’Union européenne regroupant quelques 600 millions de consommateurs,
le TACD a tenu sa quatrième assemblée annuelle à Bruxelles, du 2
au 4 mai, 2001. Etaient présents à cette réunion les dirigeants
des principales organisations de consommateurs aux Etats-Unis et
dans l’Union européenne et les hauts fonctionnaires responsables
de la politique de commerce et de consommation de chaque côté de
l’Atlantique. Les délégués ont passé en revue les derniers accomplissements
du TACD et ont poussé les discussions avec les hauts fonctionnaires
américains et européens en se focalisant sur les enjeux prioritaires
pour les organisations de consommateurs: les négociations commerciales
dans le cadre de l’organisation mondiale du commerce; l’accès aux
médicaments; l’alimentation GM; la protection de la vie privée et
la transparence au niveau gouvernemental. Depuis sa fondation en
1998 il y a même pas trois ans, le TACD est devenu l’un des principaux
défenseurs des intérêts des consommateurs dans le développement
du régime commercial multilatéral.
Au cours des discussions avec les gouvernements, pendant la séance
plénière comme pendant les ateliers, les thèmes principaux étaient
les sujets prioritaires du TACD.
Assurer la Securité et les Droits Civils des Manifestants à Katar
Notant le manque de transparence des opérations de l’OMC et les
inquiétudes majeures des consommateurs concernant les incidences
négatives des décisions de l’organisation dans les domaines de la
santé publique et des normes environnementales et de consommation,
le TACD a demandé une évaluation exhaustive de la performance de
l’OMC à commencer avant le lancement d’un nouveau cycle de négociations
à Katar. Le TACD a également souligné qu’en choisissant Doha (Katar)
comme lieu de la prochaine réunion ministérielle de l’OMC, cette
dernière faisait un pas en arrière dans ses efforts pour accroître
sa légitimité et sa transparence. Au cours des discussions, les
gouvernements de chaque côté de l’Atlantique se sont demandés quelles
facilités pratiques seraient mises à la disposition des participants
de la société civile à Katar. Le gouvernement de Katar a annoncé
que le pays n’admettrait qu’un nombre limité d’ONG accrédités, soumis
à des procédures très strictes d’accréditation.
Rhoda Karpatkin de l’organisation américaine, Consumers Union,
s’est adressée aux gouvernements dans les termes suivants : « Dirigeant
deux puissants systèmes démocratiques, vous êtes particulièrement
responsables de faire entendre les voix de la dissidence et de protéger
les droits civils de tous les manifestants - qu’ils soient accrédités
ou non ». A son tour, le TACD a demandé aux gouvernements de s’occuper
des préparatifs de la conférence – délivrer les visas, prévoir des
logements à des prix abordables, assurer les moyens de transport
- en vue de permettre aux représentants d’entrer dans Katar et de
manifester pacifiquement, voir prendre la parole lors de la conférence.
Les gouvernements de chaque côté de l’Atlantique se sont engagés
à donner suite à cette recommandation, notamment l’UE qui a promis
d’ inclure des ONG dans sa délégation à Katar et de les convoquer
à des briefings quotidiens pendant la conférence. Le gouvernement
américain s’est gardé de donner de telles assurances.
Proteger les Services D'Interet General et les Reglements Nationaux
Concernes par les Negociations au sein de l'OMC Portant sur l'Echange
des Services
La réunion plénière a été l’occasion de discussions animées avec
le ministre du commerce, Pascal Lamy, centrées sur les négociations
au sein de l’OMC, pour réglementer l’échange des services. Le TACD
a fait part de ses graves préoccupations concernant ces négociations
à huis clos qui risquaient d’avoir une incidence sur un large éventail
de services d’intérêt général tels les services de santé, l’éducation
et l’approvisionnement en eau, et sur les règlements connexes à
la fourniture de ces services. Comme l’a fait remarquer Niel Ritchie
du Minnesota Institute of Agriculture and Trade Policy (institut
de l’agriculture et de la politique commerciale du Minnesota): «
Malgré les assurances répétées de nos gouvernements affirmant que
nous n’avons rien à craindre de ces négociations hautement secrètes,
on a constamment la preuve que les négociateurs poursuivent l’objectif
de la libéralisation du marché comme seule finalité. Comme une espèce
de Saint Graal, elle nous conduirait immanquablement vers une économie
rationnelle, équilibrée et compétitive où la plupart de nos besoins
seraient satisfaits par le secteur privé. Dans un monde parfait
peut-être. Mais pas dans le nôtre qui ne l’est et ne le sera jamais.
»
Le TACD a fait une série de recommandations sur cette question
demandant l’introduction à l’accord administré par l’OMC sur le
commerce des services (GATS), d’un nouvel article consacrant le
droit des gouvernements de fournir et de réglementer les services
essentiels. Un tel article servirait peut-être à empêcher la privatisation
et la déréglementation en masse susceptibles de découler du GATS
et tant redoutées par les groupes de consommateurs et d’écologistes.
Les gouvernements de l’UE et des Etats-Unis ne voyaient pas l’utilité
d’un tel article puisque les termes de préambule de l’accord allaient
dans le même sens. Pour le TACD, cet article est d’autant plus indispensable
qu’une nouvelle prise de position de l’UE demande l’application
de tests de proportionnalité (équilibrer les objectifs réglementaires
dans un but de libéralisation commerciale). De plus, l’UE demande
l’inclusion de termes précisant que les règlements des services
« ne doivent pas être plus contraignants que nécessaire » pour garantir
la qualité des services. Ces tests font naître de graves préoccupations
chez le TACD qui craint qu’ils ne laissent à un tribunal fermé de
l’OMC le soin de distinguer entre des règlements nationaux dans
l’intérêt public, et des règlements qui font obstacle au commerce.
A la grande joie des défenseurs des consommateurs, le gouvernement
des Etats-Unis a indiqué qu’il ne soutenait pas l’application de
tests de proportionnalité. En revanche, il appuyait toute mesure
obligeant les pays de justifier auprès des autres membres de l’OMC
tout nouveau règlement susceptible d’avoir une incidence sur le
commerce. Le gouvernement américain soutient également les « ensembles
de négociations » portant sur le domaine délicat de l’énergie si
lourd de conséquences environnementales.
Refuser l'Alimentation GM et les Mises en Cause de l'Etiquetage
devant l'OMC
Au cours de la table ronde avec David Byrne, commissaire européen
chargé de la santé et de la protection du consommateur, et pendant
ses discussions détaillées avec les représentants des gouvernements
américains et européens dans le groupe de travail sur l’alimentation,
le TACD a appuyé ses recommandations explicites liées au choix des
consommateurs (l’étiquetage) et à la sécurité (l’approbation de
l’alimentation GM). Les défenseurs des consommateurs ont été encouragés
par les assurances données par les Etats-Unis de ne plus approuver,
suite à l’incident du blé Starlink, l’utilisation du blé GM dans
la production de la nourriture pour animaux. En revanche, à la déception
des personnes présentes, le gouvernement américain n’a pas répété
les assurances données au TACD en février 2000, de ne pas mettre
en cause devant l’OMC l’étiquetage de l’alimentation GM. « L’incident
du blé Starlink –du blé réservé pour l’alimentation pour animaux
qui a réussi à pénétrer la chaîne alimentaire humaine – prouve que
les mesures actuelles ne suffisent pas et que nos demandes sont
pleinement justifiées » commenta Sue Davies de la UK Consumers Association.
« Aussi, nous nous réjouissons du rapport de l’UE sur les travaux
du forum euro-américain sur la biotechnologie. Parmi ses 23 recommandations,
ce rapport demande la mise en place de l’étiquetage obligatoire
et d’un système d’approbation préalable à la mise sur le marché.
Nous remarquons que l’UE tient à continuer le dialogue sur cette
question et nous nous attendons à la même réaction du nouveau gouvernement
américain. » L’UE a informé les représentants des consommateurs
sur son intention de réexaminer la question de l’étiquetage de l’alimentation
GM et de considérer les possibilités d’étendre les dispositions
actuelles pour inclure l’étiquetage des dérivés alimentaires GM
conformément aux recommandations du TACD. Les Etats-Unis restent
sceptiques à l’égard de la nécessité de l’étiquetage obligatoire.
L’un des enjeux prioritaires pour le TACD en 2001 est de réduire
l’utilisation des antibiotiques dans l’élevage et la production
alimentaire. En octobre 2000, les Etats-Unis ont proposé d’interdire
l’utilisation d’un groupe d’antibiotiques appelés les fluoroquinolones.
Utilisés dans les élevages de volailles, ces antibiotiques sont
connus pour causer des campylobactérioses multirésistantes chez
l’homme. Si l’UE a fait des démarches pour limiter l’utilisation
des antibiotiques dans la production des aliments pour animaux,
elle ne s’est pas attaquée à la question des fluoroquinolones utilisés
dans les élevages de volailles. Pendant la réunion du mois de mai,
le TACD a demandé à l’UE d’agir comme les Etats-Unis. L’UE a répondu
qu’elle réexaminait sa politique à cet égard et le TACD a demandé
que les résultats de ce réexamen soient présentés d’ici le mois
d’octobre. Le TACD a également demandé au gouvernement américain
de suivre l’exemple de l’UE et de considérer une interdiction plus
globale des antibiotiques utilisés dans la nourriture pour animaux.
Les défenseurs des consommateurs ont été encouragés par l’engagement
pris par les hauts fonctionnaires européens et américains de se
réunir au moins une fois par an en vue de coordonner leurs efforts
pour faire exécuter les règlements proscrivant le packaging mensonger
et trompeur. Comme l’a fait remarquer Bruce Silverglade, co-président
du groupe de travail américain sur l’alimentation « Les entreprises
multinationales de chaque côté de l’Atlantique étant capables du
même genre de supercherie, il va de soi que les responsables européens
et américains chargés d’appliquer la loi doivent partager l’information
et coordonner leurs efforts pour empêcher ces pratiques frauduleuses
».
Les Brevets Deposes a l'Aide de Fonds Publics Doivent Etre Utilises
dans l'Interet Public
Concernant l’accord sur la propriété intellectuelle et l’accès
aux médicaments (ADPIC) administré par l’OMC, le TACD s’est réjoui
des progrès faits de chaque côté de l’Atlantique tout en reconnaissant
qu’il restait bien du chemin à faire. Les discussions pendant la
réunion ont porté principalement sur deux des recommandations du
TACD: James Love, de Consumer Project on Technology basé à Washington
a demandé aux gouvernements de faire les démarches nécessaires pour
garantir que les brevets déposés à l’aide de fonds publics soient
utilisés dans l’intérêt public; Ann Davison, présidente sortante
du groupe de travail européen sur le commerce, a fait remarquer
que certains médicaments, notamment le TAXOL (traitement anti cancer),
bien que mis sous brevet à l’aide de fonds publics, était d’un prix
trop élevé pour de nombreux consommateurs. De surcroît, le TACD
a recommandé aux gouvernements européens et américains de conclure
avec l’OMS et d’autres organisations internationales des accords
permettant à ces dernières d’utiliser les brevets déposés à l’aide
de fonds publics pour accroître l’accès aux soins médicaux dans
les pays pauvres.
En même temps, le TACD a prié instamment le gouvernement américain
de retirer son action devant l’OMC contre une des dispositions de
la loi brésilienne permettant la fabrication locale de médicaments
qui font cruellement défaut. « On prétend que cette action serait
relative à une disposition de la loi brésilienne qui oblige les
fabricants de produits pharmaceutiques à fabriquer localement; dès
lors, cette action n’aurait pas d’incidence sur le programme de
lutte contre le SIDA mené à bien par le Brésil. Or, nous pensons
que de voir une superpuissance poursuivre en justice un pays en
voie de développement, à plus forte raison un pays qui s’est distingué
par ses efforts de lutte contre le SIDA, transmet un message infiniment
regrettable. Aussi, nous exhortons les Etats-Unis à retirer leur
action » a expliqué Felix Cohen de l’association néerlandaise des
consommateurs.
La Convention de La Haye sur le Commerce Electronique doit proteger
les Droits des Consommateurs
Le conférence diplomatique en juin sera axée sur la future convention
mondiale de La Haye sur la compétence, la reconnaissance et l’exécution
des jugements étrangers en matière civile et commerciale. Lors ce
cette conférence, le TACD a demandé aux délégués de défendre le
droit des consommateurs de porter plainte devant leurs tribunaux
nationaux; d’exclure la propriété intellectuelle; de s’attaquer
au sujet épineux des termes déloyaux des contrats de consommation.
« Priver les consommateurs du droit d’accès à leurs tribunaux nationaux
en cas de litige transfrontalier revient à les priver du droit de
demander réparation en vertu des procédures publiques de recours»
a commenté Dirk Klausen de l’organisation allemande, Arbeitsgemeinschaft
der Verbraucherverbande. Le TACD a également demandé aux gouvernements
de s’assurer que la propriété intellectuelle soit exclue de la Convention
de La Haye, du fait que la reconnaissance et l’exécution transfrontalières
des jugements portant sur la propriété intellectuelle au sein de
l’Internet risquent de nuire à l’intérêt public en affaiblissant
les droits d’accès public à cette propriété. En même temps, les
délégués ont fait part de leurs préoccupations concernant les définitions,
données par la convention, des transactions effectuées par les consommateurs
car « le projet actuel de Convention ne protège pas les particuliers
achetant dans le cadre d’un contrat type non négociable des billets
d’avion ou des logiciels d’ordinateur destinés à des fins commerciales
».
Assurer la Participation Publique aux Prises des Decisions Reglementaires
Juste à temps pour influer sur la diffusion du Livre blanc sur
la gouvernance européenne prévu pour le mois de juillet, le TACD
a sponsorisé un forum plénier sur la gouvernance ouverte et la transparence.
« Toute forme de règlement doit satisfaire aux exigences de la légitimité,
de l’efficacité et de la cohérence et doit renforcer la confiance
des consommateurs » a rappelé Jim Murray du bureau européen des
unions de consommateurs (BEUC). « L’auto régulation ne saurait satisfaire
à ces exigences, pas plus que la co-régulation en l’absence d’un
cadre légal clair et précis et des soutiens adéquats. La régulation
légale sera toujours nécessaire dans certains domaines. Le Livre
blanc sur la gouvernance européenne doit assurer un niveau approprié
de réglementation légale dans certains domaines sensibles, et doit
garantir la participation publique aux prises de décisions ».
Au cours de la réunion plénière axée sur la gouvernance ouverte,
les défenseurs des consommateurs ont pris connaissance des divers
systèmes de gouvernance en vigueur aux Etats-Unis et dans l’UE,
et des lois musclées promulguant la participation publique aux processus
de prises de décisions aux Etats-Unis. Les participants ont fait
part de leur déception à l’endroit de la présentation de Jerome
Vignon, conseiller principal à l’UE sur le Livre blanc sur la gouvernance,
qui ne laissait paraître qu’un soutien très relatif pour la transparence.
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