Intervention de Joan Claybrook
Presidente de Public Citizen
Je tiens tout d'abord à remercier nos hôtes européens
pour tout le mal qu'ils se sont donné pour organiser cette réunion.
Comme certains d'entre vous le savez déjà, Public Citizen
le groupe des consommateurs fondé en 1971 par Ralph Nader, était
profondément sceptique sur l'issue du Dialogue Transatlantique
des Consommateurs qui découlait d'une initiative du Bureau du Représentant
Commercial des Etats-Unis avec lequel nous avons été en
sérieux désaccord pendant près d'une décennie
sous des gouvernements republicains comme démocratiques.
Je m'excuse du départ prématuré de l'Ambassadrice
Esserman. J'aurais souhaité qu'elle apprenne ici que plusieurs
des positions prises par le gouvernement des Etats-Unis et qu'elle est
venue nous exposer aujourd'hui sont en contradiction directe avec les
positions communes des groupes de consommateurs aux Etats-Unis et en Union
Européenne.
`Public Citizen s'est opposé à des mises en oeuvre internationales
de politique économique dépourvues de toute voix du consommateur,
des mouvements écologiques et syndicaux ou d'autres ONG. Nous avons
contesté le droit légitime des groupes d'entreprises et
des haut fonctionnaires à élaborer à huis clos des
politiques commerciales et règlementaires, comme ce fut le cas
avec le TABD (Dialogue Transatlantique Commercial). Nous nous sommes opposés
au contenu de l'AGETAC qui établi le primat des transactions commerciales
sur les valeurs humaines, une optique qui, soutenue par l'OMC, implique
des procédures secrètes, autocrates et antidémocratiques
qui sont susceptibles de nuire à nos protections sanitaires et
sécuritaires. Nous nous sommes opposés à la procédure
législative suprèmement antidémocratique connue sous
le nom de `Fast Track' (Procédure législative rapide et
simplifiée) et mise en place par le Président Nixon en 1974.
Grâce à celle-ci, voici cinq fois que des accords commerciaux
ont été propulsés à travers notre Congrès
avec un minimum de débats. Nous avons poursuivi le gouvernement
en justice à plusieurs reprises au début des années
1990 pour essayer de forcer la porte. Mais les piètres consultations
que nous avons obtenues ont été employées abusivement
pour légitimer les résultats auxquels s'opposaient les ONG.
Nous voyant essentiellement exclus, nous nous sommes investis à
organiser et à établir un réseau de contacts. Nos
efforts ont porté fruit. Au cours des deux dernières années,
nous avons triomphé face aux deux tentatives du gouvernement des
Etats-Unis visant à mettre en place des politiques commerciales
mal avisées à l'aide de la législation `Fast Track':
le NAFTA (Association du Libre Echange Nord Américain) pour l'Afrique
et son élargissement aux 23 pays du bassin des Caraïbes. Enfin,
grâce à une alliance internationale d'ONG nous avons devancé
l' AMI (Accord Multilatéral de l'Investissement) à l'OCDE.
Dans le sillage de ces pertes politiques, l'Administration Clinton
s'est engagée à séduire les ONG (y compris les organisations
de consommateurs et écologiques) avec des promesses de consultations,
de franchise et d'équilibre qui risquent d'augmenter notre charge
de travail tout en nous détournant de nos vrais buts. S'agit-il
seulement de paroles ou verra-t-on un jour le gouvernement marcher d'un
pas ferme sur la ligne droite des règlementations commerciales
internationales et équilibrées et des politiques transparentes?
Nous trouvions peu rassurant que le gouvernement puisse lancer le Partenariat
EconomiqueTransatlantique (PTE) sans l'autorité nécessaire
et sans consultation avec les mouvements de consommateurs et environnementaux.
Or, cela fut le contexte de la proposition soumise par le bureau du Représentant
Commercial des Etats Unis (USTR) pour créer un dialogue transatlantique
et il explique pourquoi nous y fumes hostiles l'automne dernier.
Je tiens à préciser que nos griefs étaient et
sont toujours, contre le gouvernement des Etats-Unis au sujet des questions
commerciales et ne sont pas contre la coopération internationale.
Voici de nombreuses années que Public Citizen et Ralph Nader concourent
avec des groupes de consommateurs et de citoyens à l'élargissement
de nos activités concernant le consommateur, le commerce et la
mondialisation. Nous soutenons à fond l'idée que les organisations
de consommateurs aux Etats-Unis et en UE doivent collaborer de près
pour améliorer les protections des consommateur et les valeurs
démocratiques.
Pourtant il reste à savoir si le TACD pourra être vraiment
effectif. Comme tout autre groupe, il sera jugé par ses résultats
concrets. Ce point est destiné surtout aux représentants
gouvernementaux présents aujourd'hui: seule l'efficacité
du TACD à faire aboutir les objectifs précis des consommateurs
permettra de juger de son succès, voire le légitimisera
et déterminera le temps et les efforts que les groupes de consommateurs
auront à lui consacrer à l'avenir.
La question qui nous préoccupe maintenant est de savoir si l'addition
d'une voix officielle, celle du consommateur par l'intermédiare
du TACD, à la prise de position des Etats-Unis et de l'UE au sujet
de l'AGETAC-OMC et des négotiations du PTE, aboutiront à
des résultats différents, ou si les dés sont jetés
quelle que soit notre contribution. J'aimerais que cette réunion
plante des jalons clairs contre lesquels nous pourrons tester les résultats
de nos efforts. Par exemple, le principe de précaution fera-t-il
partie intégrante des normes du PTE d'alimentation et de sécurité
pharmaceutique, entre autres? Et l'étiquetage des produits alimentaires
contenant des OGM fera-t-il partie du PTE?
Pour nous, le plus grand défi dans cette ère de mondialisation
rapide - celui dont dépend toutes nos aspirations et toutes nos
réussites - sera de garantir la démocratie et la responsabilité
du gouvernement. Car qu'il s'agisse de décisions, de mises-en-oeuvre
ou de réparation, un gouvernement ouvert et responsable est indispensable
à la mise-en-place de protections suffisamment importantes du consommateur.
Certains parmi vous doivent déjà être familier
avec le travail de Ralph Nader aux Etats-Unis. A l'origine, ses préoccupations
étaient centrées sur le moyen de donner aux citoyens les
outils nécessaires pour créer des protections gouvernementales
par rapport à l'hygiène alimentaire, la sécurité
des produits et des automobiles ainsi que la qualité du gouvernement
et des services commerciaux. Il s'appliqua donc à promulguer des
lois qui permettaient au public d'accéder aux archives gouvernementales
et d'être admis aux réunions. Son objectif était de
doter le citoyen d'un rôle participatif dans notre processus réglementaire
et d'améliorer l'équilibre et la transparence des comités
consultatifs gouvernementaux.
Quand Public Citizen s'attaqua à des questions commerciales
et de mondialisation en 1990, nous avions déjà bien du pain
sur la planche et aucune envie d'y ajouter toute une nouvelle kyrielle
de questions. Cependant, il nous était impossible de rester les
bras croisés lorsque les mécanismes vitaux d'un gouvernement
démocratique et des directives de consommateur pour lesquels nous
avions combattu pendant 25 ans se voyaient sérieusement menacés
par des nouveaux accords commerciaux expansionnistes. Et malheureusement
le temps a prouvé le bien-fondé de nos préoccupations.
De la négociation à la mise-en-oeuvre, les systèmes
internationaux commerciaux en vigueur tels l'AGETAC-OMC et NAFTA accusent
une carence prononcée de démocratie et les dégâts
qui s'ensuivent pour nos protections ne sont que la partie visible de
l'iceberg.
Au fait et contrairement aux propos de l'Ambassadrice Esserman, il
n'y a pas de lien inhérent entre l'adhérence à des
organisations telles que l'OMC et la démocratie. A titre d'exemple
Singapour, pépinière commerciale, membre de l'OMC, est aussi
une dictature.
Actuellement, les règlementations commerciales, qu'il s'agisse
de l'AGETAC ou de NAFTA ne correspondent pas au modèle du libre
échange proposé par les philosophes du 19 siècle.
Il s'agirait plutôt d'un échange `géré' mais
géré par les entreprises qui ont remplacé une série
de règlementations par une autre, dont plusieurs sont nuisibles
aux intérêts des consommateurs. Nous pensons que ces réglementations
ne sont pas indispensables pour garantir la vigueur des échanges
mais qu'en revanche, elles ébranleront notre système tant
vénéré de gouvernement démocratique selon
lequel c'est au peuple et non pas aux entreprises que revient le dernier
mot. La clef de voûte de tout cela est le principe de supplanter
toutes les politiques et les décisions formulées démocratiquement
par une seule série de réglementations et de valeurs.
En fait, à mesure qu'ils permettent aux multinationales d'étendre
leurs tentacules, ces accords représentent un pas géant
vers le déclin des organisations démocratiques. Force est
d'admettre que l'OMC et sa progéniture représentent une
menace pour la démocratie et pour un processus décisionnel
responsable - deux soutiens indispensables au citoyen dans sa lutte pour
des normes de vie durables et adéquates et des protections sanitaires,
environnementales et de sécurité, qui sont la marque d'une
société civilisée.
Le Wall Street Journal l'a bien souligné dans l'éditorial
qu'il publia suite à la signature de l'accord de l'Uruguay Round:
'l'AGETAC porte un coup mortel à l'idée que les gouvernements
peuvent diriger les économies. L'objectif principal de l'AGETAC
est de se débarasser des gouvernements afin de permettre aux entreprises
de franchir les barrières juridiques (telles les barrières
nationales) avec le minimum de difficulté. Les gens semblent s'éveiller
à l'idée … que le gouvernement est tout simplement trop
lent ou trop maladroit pour gérer le commerce'.
Est-ce aux entreprises plutôt qu'aux gouvernements de gérer
le commerce?
Bien-sûr que non. Cette philosphie va directement à l'encontre
de notre principe institutionnel en tant que défenseurs du consommateur.
Les entreprises s'inquiètent uniquement du résultat financier
à court terme, non pas des conséquences plus larges à
long terme.
Mais nos inquiétudes ne se bornent pas à la qualité
du produit, ni au prix, ni au choix. Elles s'étendent aux resultats
du commerce et notamment à la sécurité des conditions
de travail. Car si nos voitures nous offrent une certain sécurité
mais nous restons exposés à l'amiante sur les lieux de travail,
notre santé n'en est pas moins menacée.
Nous nous soucions du pouvoir d'achat en géneral. Il nous faut
assurer, à la fois, une juste rémunération pour les
travailleurs ainsi que la concurrence nécessaire pour faire baisser
les prix. Nous devrions également nous soucier de l'engouement
actuel pour les fusions mondiales qui risque de nuire à la compététitivité
des prix. Déjà les effets d'une concurrence toujours croissante
se sont traduits par des prix plus élevés. Les tomates par
exemple ont augmenté de 16 % au cours des cinq dernières
années malgré une augmentation de 64% dans nos importations
de tomates cultivées au Mexique, où les côuts de productions
sont nettement plus bas qu'aux Etats-Unis.
Enfin nous nous soucions du mode de production des produits et des
services que nous utilisons. Ont-ils vu le jour grâce au travail
des enfants? Ont-ils contaminé l'environnement de déchets
toxiques? Ont-ils fait un usage tellement excessif des ressource naturelles
que nos enfants hériteront d'un monde totalement démuni?
Evidemment, chacun attachera une différente valeur à
ces questions comme le feront, à plus forte raison, les différentes
communautés et les divers états et pays. Nous pensons donc,
que ceux qui auront à vivre avec les résultats doivent jouir
du libre arbitre nécessaire pour choisir en toute connaissance
de cause et pour lutter pour les politiques qui leur conviennent. En fait,
la diversité ainsi que les choix qu'elle permet, est un des plus
grands bienfaits de la démocratie.
Pourtant, aux yeux de la philosophie sur laquelle repose le modèle
actuel de mondialisation, cette même diversité n'est qu'un
fractionnement inefficace du marché. Selon le principe qui étaye
la déréglementation et l'harmonisation des normes - et qui
a supplanté les contingentements tarifaires traditionnels pour
devenir l'axe central des négociations commerciales internationales
- le monde est un seul et unique marché. Le modèle classique
de la macroefficacité cherche à maximiser l'efficacité
de la production. Par conséquent, des différences dans les
normes, même si elles traduisent des différences culturelles,
des valeurs différentes et ainsi de suite, sont intrinsèquement
indésirables en tant qu'éléments fragmentaires du
marché mondial.
Ce conflit inhérent entre d'une part, le pouvoir et le choix
du consommateur grâce à un gouvernement démocratique,
et de l'autre l'objectif industriel d'un marché unifié,
représente la base de notre scepticisme général quant
à l'harmonisation des normes. Comment élaborer une norme
mondiale qui respecterait les différents choix faits par les différentes
personnes, cultures et sociétés en fonction de leurs différentes
valeurs? Toutes ces questions indiquent la nécessité de
restructurer nos accords internationaux et d'en négocier des nouveaux
qui intégreraient les principes autonomes voulus - tels que le
principe de précaution - ainsi que les bonnes procédures.
Donc, si notre travail au TACD sera certainement centré sur plusieurs
domaines bien précis j'aimerais y rajouter un programme affirmatif
de principes ainsi que d'une procédure de prise de décisions
commerciales. Etant donné que les négotiations du PTE n'ont
ni l'autorisation du Congrès ni légitimité publique,
il serait peut-être prudent du point-de-vue politique de changer
radicalement d'approche afin d'éviter une autre défaite
avec le PTE.
Et c'est justemment parce qu'il faut explorer comment intégrer
de tels changements à l'AGETAC-OMC que nous devrions considerer
la déréglementation de l'harmonisation selon le mécanisme
d'un `Cycle de Réparations et de Révision' et non pas d'un
Cycle du Millénium. Il est inacceptable que chaque norme sanitaire,
de sécurité ou environnementale contestée jusqu'ici
à l'OMC ait été qualifée de barrière
douanière. Par conséquent, une de nos tâches pendant
cette réunion devrait être de participer, en tant que membres
du TACD et de nos organisations respectives, au lobbying intense contre
un nouveau cycle de déréglementation développé
par les centaines d'ONG actives mondialement dans les domaines de l'environnement,
du développement, de la santé, du droit du travail et autres.
A la place, nous devrions demander aux membres et au secrétariat
de l'OMC de se livrer, pendant une période de deux ans, à
un examen minitieux des opérations de l'AGETAC-OMC au cours des
cinq dernières années, (1995-2000) afin de voir ce qui doit
être revu.
Si M. Beseler applaudit le soutien que le gouvernement des Etats-Unis
porte à la demande de l'UE pour un nouveau cycle de l'OMC, sachez
que ce dernier n'est nullement autorisé par le Congrès et
qu'un nouveau cycle de négociations AGETAC ne mobilise pas l'opinion
publique aux Etats-Unis.
Je voudrais terminer en ébauchant six principes et procédures
spécifiques à intégrer à nos discussions des
normes sur lesquelles j'ai travaillé une grande partie de ma vie
d'adulte:
Primo, commençons par préciser les cas où
il convient d'élaborer des normes internationales.
Plutôt que des clauses de portée générale
exigeant l'harmonisation et des déterminations d'équivalence
selon les termes de l'AGETAC, nous devrions préciser les domaines
où de telles mesures sont de mise, afin de satisfaire les exigences
commerciales sans nuire aux intérêts des consommateurs. Force
est d'admettre l'erreur de la notion centrale qui sous-tend l'harmonisation,
à savoir qu'il est toujours possible d'établir une seule
norme mondiale capable de respecter les multiples différences culturelles
et la grande variété de moeurs qui foisonnent dans les différentes
sociétés du monde entier.
Nous devons remplacer cette hypothèse, qui préconise
l'hamonisation, par une approche qui admet son utilité dans certain
cas bien précis. Car l'harmonisation retire le processus décisionnel
des forums gouvernementaux accessibles et responsables au niveau de l'Etat
ou national pour l'accorder aux organisations internationales qui sont
largement inaccessibles aux citoyens et qui opèrent sans avoir
à répondre de leurs actions à ceux qui doivent vivre
avec les conséquences de leurs décision et qui sont donc
plus suceptibles de tomber entre les mains de l'industrie d'une façon
ou d'une autre.
Je propose deux principes:
- Il faut distinguer entre les normes industrielles qui sont sans
implications par rapport à la santé ou la sécurité
publique (telles les normes qui précisent la taille d'une ampoule
électrique ou l'épaisseur du verre type B) et l'harmonisation
des niveaux de protection du consommateur (telles les résidus
de pesticides permis dans l'alimentation).
- Il faut harmoniser les procédures d'essais et non pas les
niveaux de protection. Ceci permettra à l'industrie de se conformer
plus uniformément et à meilleur marché aux exigences
normatives tout en resistant à la pression de fixer des normes
internationales ayant le dénominateur commun le plus bas.
Segundo, quand le processus d'harmonisation est en voie de
réalisation, les normes doivent fixer un plancher et non pas un
plafond.
Actuellement, les normes internationales fixent un plafond de sécurité.
A titre d'exemple, dans l'AGETAC des normes plus élevées
que celles qui ont été précisées sont considérées
comme des entraves protectionnistes à moins de pouvoir satisfaire
à une série de conditions.
Là où le processus d'harmonisation est déjà
en voie de réalisation, nous devons insister sur les points suivants:
- Que chaque norme harmonisée corresponde au niveau de protection
le plus élevé par rapport à la norme domestique
du pays concerné.
- Que chaque norme internationale intègre la meilleur technologie
disponible et tienne compte des développements technologiques
susceptibles de survenir. Une telle approche en fonction de la `meilleur
technologie disponible' offre une garantie contre le risque que la
norme devienne démodée.
- Que chaque norme harmonisée intègre systèmatiquement
un mécanisme de mise à jour.
Afin de respecter la diversité et le droit démocratique
des peuples à estimer le niveau de risque, je propose que le PTE
ne fixe pas de plafond à la sécurité. Les nations
et les entités sous-fédérales doivent rester libres
de fixer des normes plus élevées de sécurité
et sanitaires sans crainte que celles-ci seront contestées en tant
qu'entraves protectionnistes. Bien-sûr il nous faudrait mettre en
place des examens rigoureux capables de distinguer entre d'authentiques
mesures sanitaires et des entraves protectionnistes déguisées
en mesures sanitaires. Cependant, plutôt que du fusil dont se sert
l'AGETAC pour tirer sur toutes les normes sanitaires afin d'être
sûr de ne pas laisser passer une seule entrave protectionniste,
il nous faudrait des pinces pour retirer les mesures bidons tout en obligeant
celui qui conteste l'authenticité de la mesure à prouver
ses allégations. Ainsi, la sécurité serait la position
par défaut.
Tierco, nous devons intégrer le principe de précaution
Le TEP serait un foyer idéal pour des règlementations
commerciales qui protègeraient les droits des pays ainsi que leurs
capacités à prendre des mesures protectives basées
sur le principe de précaution. Paradoxalement, lorsque le gouvernement
des Etats-Unis se casse la tête contre des politiques d'hormone
bovine en UE et d'OGM, le principe de précaution qu'il piétine
est la base même de la politique réglementaire aux Etats-Unis.
A titre d'exemple, selon nos règlementations dans le domaine de
la sécurité pharmaceutique, c'est au producteur de prouver
l'inocuité du produit et faute de l'évidence scientifique
pour ce faire, le médicament ne sera pas mis sur le marché.
Pour animer un tel principe il suffit de mettre en place les règlements
nécessaires. Le test évident - et celui qui aurait protégé
la politique d'hormone bovine - est de voir si la mesure est discriminatoire.
Il faudrait imposer comme règle que les normes basées sur
le principe de précaution et s'appliquant également aux
producteurs domestiques et étrangers, sont intrinsèquement
acceptables.
Quarto, les déterminations d'équivalence doivent
se faire conformément à des règles rigoureuses.
Selon l'AGETAC, une nation importatrice doit accepter comme équivalente
à ses propres normes toute norme de produit du pays exportateur
conçue pour offrir un niveau de protection équivalent à
celui dont bénéficie les citoyens du pays importateur. NAFTA
oblige les pays cherchant à exclure un produit à fournir
une évaluation scientifique démontrant que la norme du pays
exportateur n'offre pas de protection suffisante. Cependant aucune de
ces deux conditions par elle-même suffit à déterminer
l'équivalence en tant que telle.
Il y a deux aspects critiques:
- Une norme ne devrait être considérée comme équivalente
que si elle offre exactement le même degré de protection
réelle dans les domaines de la santé, la sécurité,
etc. Ainsi, la détermination de l'équivalence de la
viande canadienne décidée par NAFTA en l'absence de
toute comparaison ni même de bilan, des différents facteurs
à prendre en compte, est inadmissible.
- Pareillement, la détermination d'équivalence devrait
dépendre de sauvegardes procédurales d'un calibre équivalent
par rapport à la participation du citoyen, les révisions,
du droit de poursuivre en justice, etc.
Quinto, reconnaissons qu'un certain nombre de questions ne
tombent pas sous le coup des réglementations commerciales.
Depuis le Tokyo Round de l'AGETAC dans les années 1970, l'étendue
des disciplines commerciales s'est accrue de façon exponentielle.
Cependant il s'est souvent agit de décisions prises sans aucun
égard pour les intérêts des consommateurs. Le PTE
pourrait montrer l'exemple de plusieurs questions qui ne tombent pas sous
le coup des réglementations commerciales - notamment l'eau. Ce
ne sont pas les nations qui commercialisent mais les entreprises. Veut-on
marchander certains biens communs que c'est aux gouvernements de proteger,
de distribuer et de réglementer? Le même principe s'applique
aux brevets pris sur des formes de vie et en l'occurence, sur les semences.
Selon certains défenseurs des consommateurs et du développement,
l'alimentation serait une catégorie à part, à traiter
comme telle, car elle représente une matière première
indispensable à la vie. Voici en quelque sorte, ce qui motiva les
points spécifiques que je viens de proposer et qui feraient la
différence entre des normes fixées pour des gadgets et des
normes fixées pour le pain.
Sexto, nous devons intégrer des procédures ouvertes
à des forums domestiques et internationales d'établissement
de normes.
Plusieurs principes procéduraux nous ont bien servi aux Etats-Unis,
à savoir:
- Les perspectives de participation publique - avec préavis
des questions à traiter et questionnaires publics pour recueillir
et diffuser des renseignements issus de plusieurs sources.
- Attestation du processus décisionnel - y compris la mise
en évidence des facteurs qui contribuèrent aux prises
de position ou, au contraire, qui les déconseillèrent.
- Accès public à tous les renseignements pertinents
- dans un lieu d'accès facile au public.
- Le droit de poursuivre les gouvernements en justice afin d'annuler
leurs décisions; le droit d'exécution du jugement rendu.
Pour conclure, j'aimerais souligner que contrairement à la gravitation
ou la mort, la forme actuelle de la mondialisation économique des
entreprises résulte d' un choix. Et la question qui se
pose à nous maintenant est comment développer la force nécessaire
pour mieux choisir afin de résister à la force aveugle des
entreprises qui nous dirige vers un monde dans lequel nous n'aurions plus
de choix.
Ensemble, nous aurons à relever des défis importants.
Je vous remercie de votre attention.
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